Hellmut Rosin, The Lord ist God. The Translation of the Divine Names and the Missionary Calling of the Church / Le Seigneur est Dieu (1955): «le nom de JHVH détermine le continu du mot d’Elohim. Il remplit ce mot de sa vérité et de sa lumière» – «Mais l’égalité: JHVH est Dieu ne peut pas être inversée. L’égalité inversé ,Dieu est JHVH’ ne se trouve nulle part dans l’ancien Testament»

Hellmut Rosins englischsprachige Dissertation „The Lord ist God. The Translation of the Divine Names and the Missionary Calling of the Church“ von 1955 hat eine französischsprachige Zusammenfassung „Le Seigneur est Dieu“, die festhält, dass nach dem Zeugnis der Heiligen Schrift die Aussage „JHWH ist Gott“ unumkehrbar ist. Kornelis Heiko Miskotte hat in seinem Buch „Wenn die Götter schweigen“ auf diese fundamentale Einsicht Rosins aufmerksam gemacht. Hier Rosins Text:

UNIVERSITÉ DE GENÈVE

FACULTÉ AUTONOME DE THÉOLOGIE PROTESTANTE

Le Seigneur est Dieu

Les termes bibliques désignant Dieu et leur traduction en vue de la tâche missionnaire de l’Eglise.

Résumé français de l’ouvrage :

The Lord is God

The Translation of the «Divine Names» and the Missionary Calling of the Church.

THÈSE

PRÉSENTÉE A LA FACULTÉ AUTONOME DE THÉOLOGIE PROTESTANTE DE L’UNIVERSITÉ DE GENÈVE

POUR OBTENIR LE GRADE DE DOCTEUR EN THÉOLOGIE (mention œcuménique)

par

Hellmut Rosin

(Berne)

le vendredi 1er juillet 1955 à 14 h. 15

à la salle du Sénat de l’Université de Genève

Thèse N⁰ 471

La Faculté de théologie, sur le préavis de MM. les professeurs H. Kraemer et G. Nagel, autorise la publication de la présente thèse, sans toutefois exprimer d’opinion sur les propositions qui y sont énoncées.

Genève, le 15 juin 1955.

Le doyen :
(signé) : Jaques COURVOISIER

I

1. Précédant toute transposition de la Bible d’un langage hu­main en un autre, Dieu se transpose lui-clême dans notre réalité humaine, en se révélant dans la personne de son Fils. C’est en lui qu’il dévoile son dessein caché s il déclare les Juifs majeurs et libère ainsi les païens. Par lui aussi, il rompt le sceau des écrits prophétiques qui recelaient le secret de sa volonté. En tant que secret dévoilé, c’est l’Evangile, annoncé aux Juifs d’a­bord, aux païens ensuite. C’est là la règle fondamentale et l’or­dre de toute traduction de la Bible s en vertu de sa souveraine liberté, la Parole de Dieu vient des Juifs vers les païens. la toute-puissance du Père renverse toute barrière opposée à sa Parole, qui remplit ciel et terre.

2. Cette „auto-transposition“ de Dieu, par laquelle il s’ap­proche de tous les hommes, est l’incarnation de la Parole. Par Jésus-Christ seul les Ecritures sont accomplies et dévoilées. Par sa mort, la barrière séparant les Juifs des païens est renversée. Cette barrière n’était pas une limitation qui pouvait être suppri­mée par l’initiative humaine. Mène la traduction grecque ne pou­vait enlever cette barrière. Seule la mort du Fils de Dieu à la limite séparant les Juifs des païens avait le pouvoir de le faire. C’est le Seigneur, c’est le Ressuscité, qui donne l’ordre mission­naire. En l’absence de cet ordre ou faisant abstraction de son existence, la mission deviendrait une propagande et la traduction de 1’Ecriture l’un de ses moyens. En fait, la mission naît de l’o­béissance de la foi, si bien qu’il devient visible que le travail de traduction fait partie du service de la Parole que commande cette obéissance. Ce n’est que par le témoignage des apôtres que celui des prophètes devient proclamation missionnaire. Ce n’est que par ce témoignage aussi que la parole prophétique de 1’Ancien Testament est réellement „traduite“, c’est-à-dire qu’elle passe des Juifs aux païens. Que les témoins néotestamentaires aient dé­jà employé une traduction, celle des Septante, ne change rien à ce fait. L’Ancien Testament, rendu accessible aux „Grecs“ par cette traduction, reste pourtant réservé aux Juifs jusqu’à ce que le temps des païens soit venu.

3. L’Eglise, composée des Juifs et des païens, reçoit les pleins pouvoirs pour traduire en prêchant et pour prêcher en tra-[2]duisant à la fois 1’Ancien et le Nouveau Testament. Ce faisant, elle suit le chemin de l’Evangile qui conduit de l’Ancien au Nou­veau Testament. Ce passage peut s’accomplir parce qu’il est préparé par 1’Ancien Testament lui-même, où se trouve un mouvement qui de­vient visible et qui est confirmé dans le Nouveau Testament. Prédé- dant toute tentative de traduction, un travail de recherche de ce mouvement doit être entrepris. Cette exigence s’applique particu­lièrement aux termes désignant Dieu. Leur traduction ne peut être l’affaire d’un choix arbitraire ni celle d’une décision reposant sur une connaissance purement philologique; elle ne peut pas non plus être confiée à l’intuition du missionnaire. Au contraire, la traduction de ces termes est déterminée par leur fonction et leur relation réciproque dans la structure des textes originaux de l’Ancien Testament d’une part, du Nouveau de l’autre.

II

1. Parmi les livres de l’Ancien Testament, celui de Jonas tout particulièrement a la réputation d’être orienté vers l’universa­lisme et la mission. Cette réputation doit être examinée de plus près s il faut admettre que le rapport entre Israël et les païens est traité explicitement dans ce livre. Non pas que ce rapport soit marqué par l’expression d’Israël et celle de païens, mais par l’em­ploi soit du nom de J H V H, soit du terme d‘ é 1 o h i m. Dans ce livre, cet emploi alterné n’est pas explicable par des causes d’or­dre littéraire, mais bien théologique. Considérant comme un prin­cipe admis que 1’Ecriture Sainte forme un tout du point de vue théologique, il est possible d’amener au jour, en se servant du livre de Jonas comme d’un paradigme, la fonction et la relation ré­ciproque des termes désignant Dieu dans l’ensemble de la Bible, et du même coup de découvrir quelles règles 1’Eglise doit observer dans son travail missionnaire pour rendre ces termes dans une au­tre langue.

2. Bien qu’il passe pour prôner l’universalisme, le livre de Jonas nous confronte avec le nom de JHVH comme le reste de 1’Ancien Testament et avec la même insistance pour le moins. Ce nom ne se laisse pas dissoudre dans les concepts généraux. Il s’oppose donc à toute méthode de traduction qui chercherait à se rendre maîtresse du contenu de 1’Ecriture à l’aide de tels concepts. Il désigne dans l’Ancien Testament la priorité de droit, qui revient, dans le pro­cessus de la traduction, à celui qui parle, et non à celui qui écoute. En tant que nom de Dieu d’Israël, ce nom vient vers les païens et s’empare des concepts dont il a besoin. Rendant l’Ancien Testament impénétrable à tous ceux qui ne sont pas Juifs, il s’ou-[3]vre lui-même la route menant des Juifs vers les païens. Se révélant par des mots humains, sans être absorbé par eux ni disparaître, il est le point de départ obligé, d’où part toute tentative de traduc­tion sans d’ailleurs traduire ce nom lui-même. La confiance dans la puissance inhérente à ce nom rend possible cette tentative, qui se produit alors dans la direction choisie par ce nom lui-même.

3. Au cours de ce mouvement, le NOM rencontre le concept humano-païen de dieu, qui, dans le vocabulaire de l’Ancien Testament, est figuré et représenté par le mot d‘ é 1 o h i m, comme le montre d’une manière exemplaire le premier chapitre de Jonas. Par l’inter­médiaire de ce concept général, la religion humano-païenne trouve l’occasion de s’exprimer dans 1’Ancien Testament et d’entrer en contact avec le NOM, ce qui se produit par le fait que JHVH, dans sa souveraine liberté, établit lui-même ce contact. En ce qui con­cerne la traduction, le mot d’élohim est capable de se voir substi­tuer un terme analogue tiré d’une autre langue, quelque faible que soit son contenu. Ainsi il introduit ce terme au sein de 1’Ecriture et le confronte avec le NOM, c’est-à-dire avec la révélation du Dieu vivant. Cependant, même le concept le plus sublime de dieu, concept monothéiste ou moniste peu importe, se voit contraint d’abandonner sa position élevée et de servir dans la Bible comme un terme préci­sément de la religion polythéiste ou „primitive“. Cette dégradation nous rappelle que même le plus sublime de nos concepts de dieu est vide, en tant qu’il n’est qu’un concept créé par des hommes. Aucun terme n’est, par lui-même, apte à servir à la glorification de JHVH, le Dieu Très-Haut. Même le terme d’élohim, comme tous ses équivalents d’autres langues, a besoin d’être refondu pour obtenir sa pleine signification et son sens propre.

III

1. Le nom de JHVH détermine le contenu du mot d’élohim. Il remplit ce mot de sa vérité et de sa lumière. Le nom commun d’élo­him peut donc finalement jouer un rôle indépendant, comme on le voit dans la seconde partie du livre de Jonas (chapitres 2 à 4). Ce nom commun se comporte alors comme un nom propre et peut mône remplir toutes les fonctions du NOM. Toutefois, il serait imprudent, lorsque ces cas se présentent, de considérer JHVH et élohim (ou ha’élohim) comme des synonymes qui peuvent se remplacer l’un l’au­tre à tout coup. L’égalité „JHVH est DIEU” ne peut pas être inver­sée. L’égalité inversée „DIEU est JHVH“ ne se trouve nulle part dans 1’Ancien Testament. Dans toutes ses affirmations, 1’Ancien Testament répète cette affirmation centrale : JHVH est DIEU. Il [4] n’y a que l’accent qui tombe différemment. Que JHVH est DIEU, Dieu par excellence, cette vérité doit sans cesse à nouveau se révéler s JHVH est DIEU. Qu’il n’y a d’autre Dieu que JHVH, le Dieu d’Is­raël, cette confession de foi doit sans cesse à nouveau être répétée : JHVH est DIEU.

2. D’une part nous apprenons que JHVH est le Dieu d’Israël, et pourtant le monde le concerne. Son plan salutaire concerne Israël, et néanmoins par là-même il a en vue le monde entier. La relation du monde avec JHVH est une relation „horizontale“ (païens – Israël – JHVH), dans laquelle une relation „verticale“ (JHVH – païens) devient visible, comme le montre le premier chapitre du livre de Jonas, où la personne de Jonas, représentant Israël, se trouve au centre du champ d’action de JHVH, les païens en revanche sont englobés dans le procès de JHVH avec Jonas et amenés à y participer. Par ce moyen, ils sont amenés à la connaissance du NOM.

D’autre part nous voyons que JHVH est le Dieu de toute chair, et pourtant il reste le Dieu d’Israël. Son plan salutaire concerne le monde entier, et néanmoins par là-même le peuple d’Israël. La relation du monde avec JHVH est une relation „verticale“ (JHVH – païens), qui devient visible dans une relation „horizontale“ (JHVH – Israël – païens), comme le montre le chapitre 3 du livre de Jonas, où le monde se trouve au centre du champ d’action de JHVH et où c’est Jonas, représentant Israël, qui est englobé dans la procédure de DIEU avec le monde.

Ce sont les deux aspects que livre le monde tel qu’il est vu ici. Les deux termes de JHVH et d’Elohim servent en mène temps à les distinguer et à les conjoindre.

3. Le dernier chapitre du livre de Jonas nous rapporte un dialogue entre JHVH et le prophète. L’interlocuteur divin y est désigné par les termes suivants : JHVH, JHVH-ELOHIM, ha’élohim, élohim, JHVH. Ce fait frappant pourrait s’expliquer de la manière suivante s s’il est bien vrai que JHVH est le Dieu d’Israël, il n’en est pas moins exact qu’il est aussi le Dieu de tous les hommes (élohim). Il n’est pas un autre dans son rapport avec le monde que dans celui qu’il entretient avec Israël. Pour les uns comme pour les autres, il est le Dieu miséricordieux et compatissant. C’est ce qui consti­tue un scandale pour Jonas, qui n’admet pas que le salut aille d’Israël vers les païens et qui pourtant doit accepter qu’Israël n’ait finalement aucune préséance sur les païens. C’est alors que JHVH, qui met à l’épreuve le prophète, rencontre sa créature en tant que son créateur (élohim). Ce n’est qu’alors qu’il se révèle de nouveau à lui comme le Dieu de l’alliance (JHVH). L’expression JHVH-DIEU comprend l’ensemble de cette démarche : JHVH-DIEU est le Dieu d’Israël, qui est également le Dieu des païens; JHVH-DIEU est le Dieu de toute chair, qui ne cesse pas d’être également le Dieu d’Israël. C’est par ces deux mots que se révèle à nous la réalité divine qui est une.

IV

1. L’emploi différencié du nom de JHVH et du mot d’élohim, employé comme nom propre, se présente d’une manière particulière­ment frappante dans le livre de Jonas. On peut d’ailleurs aussi prouver l’existence de cet emploi différencié dans d’autres par­ties de 1’Ecriture; cependant, la portée de cet emploi doit être précisée dans chaque contexte. Les psaumes élohistes (Ps. 42-83) se prêtent particulièrement bien à la vérification des principes dégagés précédemment. Dans cette collection de psaumes, le terme de JHVH employé originellement, a été remplacé dans le texte ac­tuel par celui d’élohim à l’exception de 45 cas, qui ne sont cer­tainement pas dus au hasard. Ainsi, même dans ces psaumes, le NOM demeure l’origine de toute expression concernant Dieu. La rareté même de son emploi le met d’autant plus en évidence s c’est JHVH qui est Dieu. Certes c’est là le chemin qui conduit des Juifs vers les païens : dans ces psaumes, Israël chante spontanément et pour tous les hommes qui veulent l’entendre, Celui qui les concérne tous (élohim), celui donc, dont les païens même croient parler, lorsqu’ils emploient des équivalents du mot d’élohim. Cependant, ce témoignage d’Israël devant les païens se produit encore à l’intérieur des limites de l’Ancienne Alliance. Car dans ce cas aussi le nom de JHVH reste la marque de la sépara­tion infranchissable entre les païens et Israël.

2. Dans le Pentateuque, l’emploi tantôt du terme de JHVH, tantôt de celui d’élohim s’explique, pour une part du moins, par le mélange de sources diverses. On ne peut pourtant se contenter de faire cette constatation. Le travail de traduction de la Bible et celui de distinction et de reconstruction des sources ne sont pas identiques. L’objet de la traduction est l’ensemble du texte canonique. Dans celui-ci les termes désignant Dieu, provenant des différentes sources, sont juxtaposés et reliés les uns aux au­tres. La question de la fonction réelle et de la signification, soit de l’un, soit de l’autre de ces termes dans le texte bi­blique, tel que nous le connaissons actuellement, s’impose donc à l’attention. Cette question ne peut être résolue par le seul rappel de l’existence de sources diverses ayant servi à la com­position du texte actuel. Dans le livre de la Genèse, des sonda­ges montrent, par exemple, qu’il existe un rapport entre le ca-[6]ractère particulier d’un récit et le terme désignant Dieu employé de préférence dans celui-ci. La comparaison de périoopes parallè­les offre une possibilité particulièrement favorable de mettre en évidence ce rapport. Si donc, mâne dans le Pentateuque, l’emploi alterné de JHVH et d’élohim n’est pas dû au hasard, il mérite 1’attention la plus soutenue au moment de la traduction.

3. JHVH est DIEU! Cette phrase, avec les deux accents qu’elle peut porter, constitue le principe fondamental de toute traduction des termes désignant Dieu. Dans cette phrase le NOM se transpose lui-même dans la notion générale de dieu (élohim), avant que nous puissions entreprendre de traduire les deux termes de JHVH et d’élohim dans d’autres langues, et ceci par des termes différents. Cette „auto-transposition“ du NOM ne nous autorise pas à la rem­placer dans la traduction par une notion générale de dieu. Le fait qu’il y ait deux termes pour désigner Dieu doit être respecté, afin que 1’Eglise reste consciente du chemin que suit nécessairement la révélation, qui va d’Israè’l vers les païens. En d’autres mots, dans tout 1’Ancien Testament le nom de JHVH doit être rendu uniformément par un seul terme, comme aussi élohim, employé dans son sens abso­lu, doit être traduit par un seul terme, différent de celui servant à traduire JHVH. Ceci est indispensable pour rendre sensible, même dans une traduction, le rapport et la fonction de ces deux termes. Une unification des termes désignant Dieu, permise dans l’emploi courant, n’est pas admissible dans une traduction.

V

1. La question qui nous préoccupe n’est pas celle de la nature de Dieu, mais celle de la nature des termes désignant Dieu. Notre étude se borne à l’analyse des termes désignant Dieu, dans le sens étroit s d’une part, elle examine le nom de JHVH, d’autre part, le groupe „el“, „éloah“, „élohim“, à quoi s’ajoute le titre d’Adonaï, à cause de son lien avec le NOM. Il faut donc déterminer quelles directives la nature de ces mots impose au traducteur.

2. Elohim, comme aussi éloah, élah et el, puisqu’il est un ter­me attributif du NOM, doit nécessairement être traduit et peut l’être. Le devoir et la possibilité de le traduire dans toutes les langues sont fondés sur le fait qu’il a plu à JHVH lui-même de choi­sir ce mot, malgré tous les obstacles qu’il lui présente. Dans au­cune traduction de la Bible le mot d’élohim ne peut rester un mot étranger, par exemple sous la forme d’Eloī ou d’Eloba, même si le [7] mot qui s’impose au choix du traducteur lui semble suspect et com­promis par l’usage. Serait-il d’ailleurs possible de trouver un mot capable de rendre élohim dans son sens plein et absolu (Gen. 1)? L’impossibilité de le faire supprime aussi le devoir de rechercher ce mot. Au contraire, le travail de traduction s’appuie au départ sur le mot d’élohim pris dans son acception la plus générale. Le traducteur doit laisser le soin à 1’Ecriture elle-même et à la révélation exprimée par le NOM, de donner au mot choisi son sens propre. Il suffit alors que ce mot se trouve à la périphérie du concept exprimé par élohim. Un terme de sens général, dont l’accep­tion doit être vaste et l’emploi au pluriel possible, se prête au service que l’on demande de lui, alors que le nom propre de n’im­porte quel „être suprême“ ne saurait rendre ni ce qu’est Dieu, ni ce que sont les dieux dans 1’Ancien Testament.

3. C’est un élément caractéristique du témoignage biblique, qu’il ne parle pas simplement de „Dieu“, mais qu’il fait largement emploi d’expressions telles que : „mon Dieu“, „ton Dieu“, „notre Dieu“, „le Dieu d’Israël“, „le Dieu des cieux“, „le Dieu saint“, „un Dieu caché“, „un Dieu qui rend à chacun selon ses oeuvres“, etc. Même quand le nom d’élohim désigne le seul vrai Dieu, il .gar­de donc le caractère d’un nom commun, comme le montrent les exem­ples cités plus haut, alors que le nom propre d’une divinité ou un concept philosophique de Dieu se refusent à cet emploi.

4. „Dieu, le Dieu éternel et véritable, s’abaisse lui-même pour apparaître comme ‚un‘ dieu dans l’assemblée des dieux“ (Miskotte). Dans 1’Ancien Testament, le mot d’élohim fait partie d’un vaste complexe de concepts s il garde provisoirement la pos­sibilité de s’appliquer aux dieux des païens, aussi bien qu’au vrai Dieu. Ainsi, les dieux et même leurs représentations plasti­ques sont appelées élohim, bien que les écrivains sacrés aient eu à leur disposition un vocabulaire péjoratif abondant pour désigner les idoles. Une traduction qui emploie des termes différents, se­lon que le terme d’élohim désigne Dieu, les dieux ou les idoles, empêche la confrontation nécessaire entre ces notions : une telle traduction, choisissant déjà entre JHVH et les autres dieux, pri­ve le lecteur de la possibilité de faire lui-même dans la foi ce choix que le texte lui impose. Certes JHVH est plus gf’nd que tous les dieux; cependant il lui plaît de révéler sa grandeur comme élohim parmi les élohim. Ce n’est qu’ainsi que les „dieux“ sont démasqués comme usurpateurs et que „l’autre dieu“ est dé­noncé comme un „non-dieu“ (lo-el). C’est pourquoi 1’Ecriture peut se permettre de laisser les païens appeler leurs dieux leurs „élohim“. D’autre part, et précisément dans ce contexte, elle re­fuse radicalement ce titre à tous les autres dieux : JHVH HOU [8] HA-ELOHIM! C’est JHVH qui est Dieu, Lui seul (I Rois 18, 39)

5. Seul un nom commun, employé à la fois pour désigner Dieu et les dieux, peut nous livrer le terrain sur lequel passera le che­min menant des Juifs vers les païens, selon le plan constant, tra­cé par 1’Ecriture. Ce terrain doit être cherché dans chaque langue dans laquelle 1’Ecriture doit être traduite. On le trouvera préci­sément dans la notion du „divin“, existant dans cette langue. Maints traducteurs ont négligé cet aspect de leur travail et se sont contentés d’introduire un mot étranger dans la langue en ques­tion, par exemple le terme espagnol de Dios, ou celui, anglais, de God. Au lieu de faire confiance à la puissance inhérente à la Pa­role de Dieu, pour prendre le pouvoir dans la langue dans laquelle ils traduisaient 1’Ecriture, ces traducteurs s’en sont remis à la prépondérance culturelle de l’espagnol ou de l’anglais, pour pro­téger Dieu contre des malentendus ! En mot étranger, complètement dépourvu de sens („zéro meaning“), doit nécessairement donner l’im­pression d’être le nom propre d’un dieu étranger et peut conduire à une identification synarétiste de ce dieu étranger avec l’un des dieux propres à ce peuple.

A l’encontre de ces exemples erronés, voici la règle qui doit être proposée aux traducteurs s le terme où la notion païenne du divin a l’extension la plus large, le mot donc qui, mieux que tout autre, est apte à exprimer un surnaturel indéfini, doit être choisi pour traduire le terme d’élohim, dans tous les sens que ce­lui-ci a dans la Bible.

VI

1. L’Eglise n’a qu’un nom à annoncer, celui de Jésus-Christ. Par ce nom d’homme le nom de Dieu passe des Juifs aux païens. Il n’est pas licite qu’un autre nom soit prêché à côté de ce nom unique. Ainsi, une question brûlante est posée, celle de la légi­timité de la transcription littérale du tétragramme.

L’expression de Jéhovah est née d’un malentendu. Au cours des siècles elle a pris de l’importance dans 1’Eglise et s’est étendue largement dans les champs de mission. La version américai­ne reçue de 1901 (American Standard Version) rend partout JHVH par „Jéhovah“. Elle justifie cette manière de faire en disant que le refus superstitieux des Juifs de prononcer le nom de Dieu n’est pas normatif pour les chrétiens, et que le nom personnel du Dieu de la révélation doit retrouver la place qui lui revient dans le texte sacré. Dans la révision de 1952 (Revised Standard Version), ce choix fut abandonné au profit de l’expression traditionnelle [9] rendant le tétragramme par „LORD“. Les réviseurs justifient leur décision en disant que l’expression de Jéhovah est erronée et que l’emploi d’un nom propre pour désigner le Dieu unique ne correspond pas à la foi universelle de 1’Eglise chrétienne.

Entre temps, la reconstruction scientifique „Yahvé“ a par­tiellement supplanté l’expression de Jéhovah et s’est même intro­duite dans quelques traductions de la Bible. Veut-on lui donner aus­si sa place dans la liturgie ou veut-on au contraire rejeter 1’An­cien Testament dans le domaine purement historique par cette me­sure ? Le tétragramme ne s’oppose-t-il pas à toute tentative de transcription, précisément parce qu’il veut préserver l’unité des deux testaments ?

Les deux expressions de Jéhovah et de Yahvé doivent dispa­raître des traductions, car ce n’est pas en vain que le NOM est de­venu muet et illisible. Le souci de l’unité de 1’Eglise exige qu’un seul nom soit prêché, celui de Jésus, qui a repris la fonction du NOM dans 1’Ancien Testament.

2. De même, il faut considérer comme erroné tout essai de traduire le tétragramme, essais que l’on fonde le plus souvent sur l’exégèse du chapitre 5 de 1’Exode. Le contenu du NOM n’est pas son étymologie, mais son histoire. L’allusion au verbe „hayah“ (exis­ter, être présent) ne suffit pas à justifier une traduction du NOM. Aucun terme, quel que soit son „dynamisme“, ne peut dire ce qu’an­nonce et proclame le NOM, qui comprend en lui-même toute l’histoire dont il est le centre.

Moins que tout autre, le terme de „1’Eternel“ saurait ren­dre ce service. Cette traduction introduit dans la Bible une expres­sion qui lui est formellement étrangère et qui pourrait inviter à une interprétation philosophique de la révélation. Certes l’Ancien Testament contient le terme d’el’olam, „le Dieu d’éternité“, ou mieux encore „le Dieu des temps originels“, cependant l’adjectif „aīonios“, employé comme substantif, ne se trouve que dans les apo­cryphes. L’emploi de l’adjectif „éternel“, comme attribut du NOM, est admissible, à condition qu’il ne se produise pas un glissement qui le substitue au NOM, en éliminant celui-ci. C’est JHVH qui est le Dieu éternel. Il n’est pas licite d’inverser les termes de cette proposition. La seule clef pour interpréter le nom de JHVH nous est donnée par celui de Jésus-Christ, et non par le concept de l’éter­nité.

Or, l’emploi du terme de „1’Eternel“ rompt l’unité des deux testaments qu’il sépare : dans 1’Ancien, nous trouvons „1’Etemel“, dans les citations vétérotestamentaires contenues dans le Nouveau Testament, „le Seigneur“. C’est à croire que le Dieu de 1’Ancien Testament est un autre Dieu que celui du Nouveau… Aussi ne faut- il pas s’étonner, si „1’Etemel“ s’est finalement transformé, sous la pression de la philosophie des lumières, en un „être éternel“, [10] non sans avoir reçu quelque hommage de la part de l’orthodoxie li­bérale encline à la théologie naturelle.

Il n’y a qu’un seul moyen de rendre le nom de JHVH sans le transcrire littéralement ni le traduire, c’est celui qu’ont employé les rabbins et les Septante, et que sanctionne le Nouveau Testaments il s’agit de la substitution au tétragramme sacré du titre d’Adonaī-Kurios. Cette substitution vicaire a lieu avec le résultat que le ti­tre de „Seigneur“ est simplement mis à la place du NOM, sans lui donner un contenu nouveau. Ce titre indique une relation personnelle („mon Seigneur“). La Personne à laquelle il fait allusion est si clairement désignée qu’il est superflu qu’elle soit nommée explici­tement. L’emploi du titre à la place du NOM, sa fonction „pronomi­nale“, l’empêche d’apparaître comme un concept autonome ou même de vouloir exprimer le contenu du NOM. Il détourne sans cesse l’atten­tion qui se porte sur lui, pour la diriger vers Celui qui en est le porteur.

Il ne peut donc plus être question de traduire le NOM, mais au contraire uniquement trouver un équivalent de ce titre dans d’autres langues. Ce travail doit tenir compte des facteurs sociolo­giques dans les langues étrangères en question. De même que le ti­tre profane d’adôn a été choisi dans 1’Ancien Testament pour dési­gner JHVH, de même il faut chercher, dans les langues dans lesquel­les on veut traduire la Bible, un titre humain, à qui est fait l’honneur de pouvoir servir à la glorification de Celui qui est le seul Seigneur. Précisément parce que le travail de traduction doit suivre le processus décrit plus haut, il n’est pas nécessaire de choisir un titre de haut rang. Il suffit que le titre choisi montre avec suffisamment de clarté que celui qui le porte est le supérieur dans les rapports qui l’unissent au serviteur. Ce titre peut servir à rendre „adôn“ dans son sens profane, comme aussi „Adonaï“. C’est de cette manière qu’il devient le remplaçant du NOM. Dans les cas où ce titre prend la place du tétragramme, il est nécessaire de le signaler en l’écrivant en majuscules, afin que le lecteur sache si le texte hébreu dit JHVH (SEIGNEUR) ou Adonaī (Seigneur).

VII

Le NOM, c’est-à-dire la révélation, va des Juifs vers les païens. Cela signifie, après tout ce que nous avons dit, que païens et étrangers obtiennent le privilège d’appeler dans leur propre langue „Seigneur“, „mon Seigneur“, „notre Seigneur“, Celui qui est le Dieu d’Israël. C’est la révélation du dessein secret de Dieu, caché de toute éternité. Dans la personne du Seigneur Jésus-Christ, [11] ce que Dieu dit aux juifs, cela entre aussi en vigueur pour nous les païens : Moi, le SEIGNEUR, je suis ton Dieu !

La traduction des expressions désignant Dieu, que ce soit dans 1’Ancien ou dans le Nouveau Testament, est au service du té­moignage unique des deux testaments. Elle doit sans cesse garder présente à l’esprit la correspondance qui existe entre theos et élohim et celle qui relie Kurios à Adonaī. Elle doit traduire uniformément et par un seul terme chacun de ces deux couples de noms. Car le Dieu unique et l’unique Seigneur sont deux et un dans tous les deux testaments.

Le texte français de ce résumé est dû à M. le Pasteur Anderfuhren, de Corcelles près Payerne, à qui l’auteur exprime toute sa reconnaissance.

TABLE DES MATIERES

Introduction : Ordre missionnaire et traduction

Première partie : JHVH est DIEU

  1. Fonction et rapports des termes désignant Dieu dans Jonas 1
  2. Fonction et rapports des termes désignant Dieu dans Jonas 2-4
  3. Conclusions provisoires et vérifications

Deuxième partie : Nature et traduction des termes bibliques désignant Dieu

  1. Elohim, Eloah, Elah, El
  2. JHVH – Adonaī
  3. Kurios – Theos

Notes

Abréviations

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